Guérison de la fille née sans une partie de son cerveau

« Elle dansera à son mariage » : Guérison de la fille née sans une partie de son cerveau, par Norman Doidge

L’origine de la méthode thérapeutique de Moshé Feldenkrais se lit plus comme un thriller d’espion que comme un manuel de neuroscience.
Extrait de : “The Brain’s Way of Healing: Remarkable Discoveries and Recoveries From the Frontiers of Neuroplasticity”

Les origines de la Méthode Feldenkrais

Quand Moshe Feldenkrais avait quatorze ans, après des années pour les Juifs d’attaques par des pogroms russes antisémites, il a entrepris de marcher seul de la Biélorussie à la Palestine. Un pistolet dans sa botte, un texte de mathématique dans son sac et sans documents ni papiers officiels, il a traversé des marais et a supporté des températures de moins 40 degrés en traversant la frontière russe durant l’hiver de 1918-1919. Comme il marchait de village en village, d’autres enfants juifs, intrigués, l’ont rejoint. À un moment donné, pour survivre, ils ont rejoint un cirque itinérant, où les acrobates ont enseignés à Moshe comment faire des culbutes et chuter sans risque – compétences qu’il perfectionnera un jour avec sa pratique du judo. Au moment où il a atteint Cracovie, cinquante enfants avaient rejoint le garçon très admiré en route vers la Palestine, ensuite plus, jusqu’à ce que plus de deux cents jeunes le suivent. Finalement les adultes se sont joints à sa marche d’enfants à travers l’Europe centrale vers Italie et l’Adriatique, où ils sont montés à bord d’un bateau. Il est arrivé en Palestine en 1919, à la fin de l’été.

Comme beaucoup de personnes nouvellement arrivées, Feldenkrais était sans le sou. Il a travaillé comme manœuvre et a dormi dans une tente. En 1923 il a commencé à assister au lycée et s’est soutenu financièrement en enseignant à des enfants avec lesquels d’autres professeurs privés avaient échoué; il a montré une capacité précoce pour aider les gens à surmonter des blocages dans le processus d’apprentissage.

Dans les années 1920 les Arabes ont attaqué des villages et des villes juives sous le mandat britannique en Palestine. Le cousin de Feldenkrais, Fischel était parmi les personnes tuées. Les Juifs ont demandé aux Anglais soit d’être plus protégé soit le droit de s’armer – et les deux ont été refusés. Donc le jeune Feldenkrais a commencé à étudier comment se défendre sans une arme. Les attaquants arabes attaquaient habituellement leurs adversaires avec des couteaux, frappant d’en haut et assénant leur coup au cou ou au plexus solaire. Beaucoup de Juifs ont été tués dans ces confrontations. Feldenkrais a essayé de leur enseigner à bloquer un coup, et ensuite de saisir et tordre le bras de l’attaquant pour qu’il laisse tomber le couteau. Mais ses étudiants étaient incapables de résister à la réponse réflexe neurologique naturelle et nerveuse de soulever leurs avant-bras pour protéger leurs visages ou de tourner leurs dos au coup. Ainsi au lieu de se battre avec ces réponses spontanées du système nerveux, Feldenkrais a conçu une façon de les utiliser. Il a désormais insisté pour que ses étudiants, quand ils étaient attaqués, suivent la tendance instinctive de protéger leurs visages et il a alors sculpté ce mouvement d’une meilleure manière. Il a ensuite photographié les gens en train d’être attaqués sous des angles différents et a créé des façons de transformer leur réaction spontanée de peur en défenses efficaces. La méthode a fonctionné et est devenue un modèle pour son approche future du système nerveux : faire avec, pas contre.

En 1929 il a fait circuler « le Jiu-Jitsu et l’Autodéfense, » en Hébreu, le premier de ses nombreux livres sur le combat à mains nues. C’est devenu le premier manuel d’autodéfense utilisé pour former les forces armées de l’état juif naissant. C’était l’année où il s’est blessé le genou et en récupérant, il a été fasciné avec la médecine liant le corps et l’esprit et l’inconscient. Il a écrit deux chapitres pour un livre appelé « l’Autosuggestion », qui incluait une traduction du traité d’Émile Coué sur l’hypnose. En 1930 il a déménagé à Paris, où il a complété un diplôme dans l’ingénierie et a commencé un doctorat en physique avec Joliot-Curie (dont le laboratoire a été le premier à diviser un atome d’uranium, fondant une réaction en chaîne qui a libéré d’immenses quantités d’énergie que l’on a appelé l’énergie nucléaire).

Un jour en 1933 il a entendu dire que Jigoro Kano, le fondateur de judo, était à Paris pour une conférence. Kano était une personne très petite et frêle qui était souvent attaquée par les autres quand il était plus jeune. Le judo, une modification du jujitsu, a appris à ses praticiens à utiliser la puissance de l’adversaire pour lui faire perdre l’équilibre et le faire tomber. Le judo, qui signifie « la façon douce, » était aussi un mode de vie holistique, tant physique que mental. Feldenkrais a montré son livre à Kano sur le combat corps à corps.

« Où avez-vous trouvé ceci ? » a demandé Kano, indiquant une image de la façon développée par Feldenkrais pour utiliser la réponse nerveuse spontanée pour se protéger.

« Je l’ai développé, » a répondu Feldenkrais.

« Je ne vous crois pas, » a dit Kano. Donc Feldenkrais a demandé à Kano de l’attaquer avec un couteau et Kano l’a fait. Le couteau a volé. Feldenkrais est devenu l’une des premières ceintures noires de l’Europe et a cofondé le Judo Club de France.

Quand la guerre a éclaté, Joliot-Curie a demandé à Feldenkrais de prendre discrètement des secrets atomiques français, et « eau lourde », de son laboratoire et de les apporter aux Anglais, afin de les garder hors de portée des mains nazies. Il a échappé à la Gestapo, d’abord à pied, boitillant sur un genou qui avait été terriblement endommagé par une blessure de football, jusqu’à ce qu’il soit arrivé à un port et soit monté à bord d’un des derniers bateaux qui quittait la France. En arrivant en Angleterre, en scientifique connu, il a été recruté pour travailler pour le contre-espionnage britannique, pour développer des méthodes de traçage des sous-marins nazis menaçant l’Angleterre.

Pendant la guerre, il a écrit un livre qui a commencé comme une méditation sur le travail de Freud, qu’il a grandement respecté; contrairement à beaucoup de cliniciens de son temps, Freud a souligné comment l’esprit et le corps s’influencent en permanence. Mais Feldenkrais a noté dans l’Etre et la Maturité du Comportement que le traitement de Freud, la thérapie de conversation, s’est peu concentrée sur la manière dont l’anxiété ou d’autres émotions sont exprimés dans la posture et dans l’organisme et que Freud n’a jamais suggéré que les analystes travaillent sur le corps pendant le traitement des problèmes mentaux. Feldenkrais croyait qu’il n’y avait pas d’expériences purement psychiques (c’est-à-dire, mentales) : « L’idée de deux vies, somatique et psychique, a … survécu à son utilité. » Le cerveau est toujours incarné et notre expérience subjective a toujours eu un composant physique, comme toutes les expériences physiques ont un composant mental.

Il a développé une méthode qui a intégré le rôle de la conscience mentale, la fonction cérébrale et le corps, pour se guérir lui-même puis pour guérir d’autres personnes. Une de ses contributions majeures a été de comprendre que dans la blessure ou la maladie, les zones cérébrales qui traitent le mouvement et la sensation dans l’organisme deviennent sous-exploités et rejetées dans « l’utilisation du cerveau : s’en servir ou le perdre. » Les zones de traitement du cerveau perdent la capacité de coder le bon détail, et deviennent ainsi « non différenciées » avec la désuétude. En faisant des mouvements lents, avec une grande conscience, il a constaté qu’il a pu « re-différencier » les zones de traitement du cerveau et améliorer radicalement la fonction.

Quand la guerre a fini, Feldenkrais a appris que tous sauf quelques-uns des membres de sa famille avaient été assassinés par les Nazis. Heureusement, ses parents et sa sœur avaient survécu. Il a fini sa dissertation de doctorat et a obtenu son diplôme. Mais de retour en France il a constaté que les Nazis, avec la collusion de deux collègues de judo, un français et un japonais, l’avaient évincé de l’histoire du club de judo qu’il avait cofondé, parce qu’il était Juif. Donc il s’est plutôt installé à Londres, a poursuivi quelques inventions, a écrit un autre livre sur le judo, appelé « Higher Judo, » et a commencé un livre, « La puissance du moi, » dans lequel il a articulé sa méthode de guérison, qu’il utilisait désormais pour aider des scientifiques pairs et des amis. En tant que physicien, il a rencontré les plus connus : Albert Einstein, Niels Bohr, Enrico Fermi et Werner Heisenberg. Il a été profondément déchiré : devait-il continuer dans la physique nucléaire ou, étant donné les merveilleux résultats qu’il obtenait, poursuivre dans la guérison ? Il a choisi la guérison. Sa mère a dit en plaisantant à moitié, « Il aurait pu obtenir un Prix Nobel de physique et au lieu de cela il est devenu masseur. »

Une fille avec une partie du cerveau manquante

L’approche de Feldenkrais peut radicalement changer la vie des gens même ceux qui sont nés avec d’importantes parties du cerveau en moins en facilitant la différenciation dans les zones cérébrales restantes. Elizabeth, que j’ai interviewée, est née avec un tiers de son cervelet en moins, la partie du cerveau qui aide à coordonner et contrôler la synchronisation du mouvement, de la pensée, de l’équilibre et de l’attention. Sans le cervelet, une personne a des difficultés à contrôler toutes ces fonctions mentales. Le cervelet, que signifie « petit cerveau » en latin, est de la taille d’une pêche et est localisé sous les hémisphères cérébraux, vers l’arrière du cerveau. Bien qu’il occupe seulement environ 10 pour cent du volume du cerveau, il contient presque 80 pour cent des neurones du cerveau. Le nom technique pour l’état d’Elizabeth est hypoplasie cérébelleuse, et il n’y avait aucun traitement connu pour changer le cours de la maladie.

Quand elle était dans l’utérus, sa mère a senti qu’il y avait un problème, parce qu’Elizabeth bougeait à peine. Quand Elizabeth est née, elle ne bougeait pas ses yeux. Ils vacillaient et n’étaient pas correctement alignés, regardant dans des directions différentes. À un mois, ils suivaient rarement des objets. Ses parents étaient terrifiés qu’elle ne puisse pas voir normalement. En grandissant, il est devenu clair qu’elle avait un problème avec son tonus musculaire. De temps en temps elle était très molle, ce qui signifiait qu’elle avait trop peu ou aucune tension musculaire, mais à d’autres moments elle avait trop de tension et était « spastique », ne faisant aucun mouvement exploratoire volontaire. Elle a reçu des séances de physiothérapie conventionnelle et de l’ergothérapie, mais les traitements étaient douloureux pour elle.

Quand Elizabeth avait quatre mois, le neurologue pédiatrique en chef dans un centre médical urbain majeur a testé l’activité électrique de son cerveau. Il a dit à ses parents que « son cerveau ne s’était pas développé depuis la naissance et qu’il n’y avait aucune raison de croire que son cerveau se développerait. » La plupart de ces enfants montrent des déficits persistants et il a été supposé que le cervelet montrait une plasticité limitée. Le docteur a aussi dit à ses parents que son état ressemblait beaucoup à la paralysie cérébrale et il a prédit qu’elle ne pourrait jamais s’asseoir, serait incontinente et devrait être placée en institution. Sa mère s’est ensuite rappelée, « je me souviens qu’il a dit, ‘Le mieux que nous pourrions espérer serait un retardement profond.' » Les médecins d’Elizabeth décrivaient précisément leur expérience avec de tels enfants qui avaient reçu un traitement conventionnel – la seule sorte dont ils avaient connaissance.

Cependant, ses parents ont cherché de l’aide. Un jour, un ami, un chirurgien orthopédiste, qui connaissait le travail de Feldenkrais, a dit, « Ce type peut faire des choses que personne d’autre ne peut faire. » Quand ils ont entendu dire que Feldenkrais venait d’Israël dans une ville près de chez eux pour former des praticiens – une de ses activités majeures dans les années 1970 – ils ont pris un rendez-vous.

Quand Feldenkrais a rencontré Elizabeth pour la première fois, elle avait treize mois et était incapable de se mettre sur le ventre ou de ramper. (Se mettre sur le ventre, précède d’habitude le rampement.) Elle pouvait faire seulement un seul mouvement volontaire : se tourner sur un côté. Durant sa première séance individuelle avec Feldenkrais, pendant laquelle il l’a diagnostiquée, elle ne pouvait pas arrêter de pleurer. Elle avait eu beaucoup de sessions avec des médecins qui avaient essayé de lui faire faire des choses qu’elle n’était pas prête à faire à son niveau de développement. Par exemple, beaucoup de médecins avaient essayé de l’asseoir à plusieurs reprises et avaient échoué. Si les corps d’enfant sont handicapés, ces mouvements les blessent – d’où les pleurs.

Selon Feldenkrais, ces tentatives de sauter des étapes du développement sont une erreur énorme parce que personne n’a jamais appris à marcher en marchant. D’autres compétences doivent être en place pour qu’un enfant puissent marcher – compétences que les adultes ne pensent pas ou ne se souviennent pas avoir apprises, comme la capacité de creuser le dos et de soulever la tête. Seulement quand toutes ces pièces sont en place un enfant apprend à marcher, spontanément. Feldenkrais a vu qu’Elizabeth ne pouvait pas être couchée confortablement sur son ventre et quand elle était sur son ventre, elle ne pouvait pas soulever sa tête du tout.

Il a remarqué que son côté gauche entier était complètement spastique, rendant ses membres rigides. Sa nuque était très tendue et la faisait souffrir. Le fait que le côté gauche en entier d’Elizabeth était spastique indiquait que sa carte cérébrale pour ce côté était non différenciée, au lieu d’avoir des centaines de zones pour traiter les différents types de mouvements.

Feldenkrais l’a touchée, si doucement, sur son tendon d’Achille, et elle a été si tourmentée qu’il a su qu’il devait d’abord faire quelque chose pour résoudre la douleur : il devrait régler son cerveau parce qu’autrement il ne serait pas disponible pour l’apprentissage.

« Après que Moshe l’ait examinée, » se souvient son père, « il m’a dit, ‘Elle a un problème et je peux l’aider.’ Il n’était pas timide. Ma femme lui a demandé d’expliquer et il a continué à prendre le pied de notre fille à la cheville et de le plier et il a pris mon doigt et il a dit, ‘Touchez-ceci,’ pour que je puisse sentir le nœud de muscle et il a dit, ‘Elle ne peut pas s’allonger sur le ventre parce que ça lui fait mal de plier sa jambe. Si nous le délions, vous verrez qu’elle pourra plier sa jambe. Et comme nous faisons ceci – délier ses muscles – son comportement entier changera.’ Mais sa technique ne consistait pas à masser la partie du corps tendue; mais plutôt à bouger son corps, très lentement et doucement, de façon qu’elle puisse sentir, il a pu envoyer des signaux à son cerveau pour le faire arrêter de signaler aux muscles de se contracter. Le physicien devenu guérisseur avait compris comment utiliser le mouvement et la conscience pour éteindre un commutateur dans son cerveau. Et c’est arrivé comme il l’avait expliqué – un jour ou deux après cela, elle s’allongeait sur le ventre. » Bientôt elle rampait.

Lorsque Feldenkrais a revu Elizabeth, une de ses jeunes élèves, Anat Baniel, était présente. Feldenkrais a demandé à Baniel si elle pouvait porter Elizabeth pendant dans la leçon. Il l’a doucement touchée pour commencer à lui enseigner à différencier des mouvements très simples. Elizabeth est devenue intriguée, attentive, heureuse.

Feldenkrais a doucement tenu sa tête et l’a tiré en haut et en avant, très lentement et doucement, pour allonger sa colonne vertébrale. Habituellement, il avait constaté que ce mouvement provoquait une cambrure naturelle du dos et poussait le bassin à rouler vers l’avant – une réaction qui se produit normalement quand une personne est debout. Souvent, en travaillant avec des enfants atteints de paralysie cérébrale et d’autres qui ne pouvaient pas marcher, il utilisait cette technique pour engager le bassin de manière à ce qu’il roule par réflexe. Mais quand il a essayé cela sur Elizabeth, Baniel n’a senti aucun mouvement. Son bassin était inerte sur les genoux de Baniel. Donc Baniel a décidé que quand Feldenkrais tirait, elle roulerait doucement le bassin d’Elizabeth.

Soudainement il y a eu du mouvement partout dans la colonne vertébrale et le corps spastique, bloqué et inerte d’Elizabeth. Ils ont doucement bougé sa colonne vertébrale à maintes reprises. Ensuite, ils ont essayé des variations subtiles du mouvement.

À la fin de la session, Baniel a rendu Elizabeth à son père. D’habitude dans ses bras Elizabeth ne se portait pas, incapable de contrôler sa tête. Mais cette fois elle a arqué son dos, a redressé sa tête, s’est ensuite redressée, encore et encore, pour faire face à son père. Les mouvements subtils de la nuque et de la colonne vertébrale que Feldenkrais et Baniel avaient fait avaient éveillé l’idée de ce mouvement en le raccordant dans son cerveau. Maintenant Elizabeth bougeait les grands muscles de sa colonne vertébrale volontairement, enchantée du mouvement.

Pourtant il y avait toujours beaucoup à s’inquiéter : Elizabeth était profondément handicapée et son diagnostic était terrible. Feldenkrais voyait que les parents d’Elizabeth étaient clairement concernés par son avenir. Il ne disait d’habitude pas grand chose dans ces occasions. Mais il a jugé un cerveau pas par où un enfant était dans son développement, mais par si, en donnant la stimulation appropriée à cette étape de développement, l’enfant pourrait apprendre. « C’est une fille intelligente, » a-t-il dit. « Elle dansera à son mariage. »

Feldenkrais est retourné en Israël. Au cours des années suivantes ses parents ont héroïquement et inlassablement tout fait pour qu’Elizabeth le voit. Ils l’ont amenée pour le voir dans des chambres d’hôtel quand il venait aux États-Unis ou au Canada, et sont allé trois fois en Israël, pendant deux à quatre semaines de visites quotidiennes au bureau de Feldenkrais. Entre ces visites intensives, Elizabeth a consolidé ses acquis avec des activités quotidiennes.

Quand Feldenkrais avait soixante-dix-sept ans, il est tombé malade en voyageant dans une petite ville en Suisse. Il a perdu connaissance et les médecins ont découvert qu’il saignait à l’intérieur de son crâne. Une fuite lente de sang s’était développée dans la dure-mère (la couche de tissu conjonctif qui entoure le cerveau) et dans le cerveau lui-même, y faisant pression, le mettant en danger. Malheureusement le seul neurochirurgien dans la ville était en voyage ce week-end, donc l’opération pour soulager la pression causée par son « saignement sous-dural » a été retardée.

Les collègues de Feldenkrais ont conclu que ses nombreuses blessures causées par toutes les chutes et les commotions cérébrales dans la pratique du judo l’avaient rendu vulnérable au saignement sous-dural. Il a récupéré en France, mais peut-être parce que la chirurgie a été retardée, il a subi quelques dégâts cérébraux. Mais bientôt il donnait de nouveau ce qu’il a appelé ses séances individuelles « d’Intégration Fonctionnelle ». Et sentant que son temps était limité, il a continué à enseigner autant qu’il le pouvait, espérant transmettre ses dernières découvertes.

De retour en Israël, il a eu une attaque qui a affecté son langage. Ses étudiants ont donné à leur maître des leçons d’Intégration Fonctionnelle quotidiennement. Maintenant proche de ses quatre-vingt ans et malade, il a adressé à Baniel de plus en plus d’enfants qui venaient le voir. Baniel a progressivement pris soin d’Elizabeth, qui venait par avion pour des périodes de trois semaines, lui donnant des séances quotidiennes. Elizabeth l’a vue par intermittence pendant des années et son progrès s’est accéléré.

Aujourd’hui Elizabeth a la trentaine et a deux diplômes du 3e cycle. Elle est menue, mesure un mètre cinquante deux et a une voix douce. Elle marche, bougeant si facilement qu’un observateur ne pourrait jamais savoir qu’elle avait été destinée à finir immobile dans une institution, sévèrement mentalement retardé – au mieux. « Moshe », elle me dit, « a dit à mon père, ‘Quand elle aura dix-huit ans, personne ne va savoir que quoi que ce soit est arrivé.’ Et il était mort avant. » Elle se rappelle le plaisir de ces visites en Israël, « et je me rappelle un peu Moshe, les cheveux blancs, la chemise bleue et comme c’était enfumé là-dedans » – Feldenkrais fumait pendant les séances – « lui me chuchotant des choses à l’oreille, me calmant. »

Ses deux diplômes du 3e cycle sont d’universités majeures : elle a obtenu un master dans ses études sur le Proche Orient judaïque; voulant ensuite quelque chose de plus pratique, elle a fait un master dans l’assistance sociale et a obtenu sa licence. Elle a toujours quelques symptômes résiduels de l’hypoplasie cérébelleuse. Elle a un trouble léger d’apprentissage avec les nombres, et donc les mathématiques et la science sont difficiles. Mais à part ça, elle aime apprendre et être intellectuelle, et elle est devenue une lectrice vorace – tout Shakespeare, la plupart de Tolstoï et beaucoup d’autres classiques. Aujourd’hui elle dirige une petite entreprise et est heureuse en ménage.

Et oui, elle a dansé à son mariage.

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