La méthode Feldenkrais pour les douleurs chroniques – New York Times

Article écrit par Jane E.Brody pour le New York Times en octobre 2017, dont je propose ici une traduction.

Après deux sessions d’une heure focalisées d’abord sur la conscience du corps et ensuite sur l’amélioration du mouvement à l’Institut de Feldenkrais de New York, j’ai compris ce que signifie ressentir une incroyable légèreté d’être. Ayant, temporairement au moins, relâché la tension musculaire qui aggrave la douleur de mon dos et de ma hanche, je me suis sentie comme si je marchais sur un nuage.

Je me suis longtemps abstenue d’écrire à propos de cette méthode qui contre la douleur parce que j’ai pensé que c’était une sorte de charabia New Age sans base scientifique. Comme j’ai eu tord !

La méthode Feldenkrais est une des techniques de mouvement de plus en plus populaires, semblable à la technique Alexander, qui tend à mieux intégrer les connexions entre l’esprit (mind) et le corps. En prenant conscience de la manière dont son corps interagit avec son environnement et en apprenant comment se comporter de façons moins stressantes, il devient possible d’abandonner des modèles de mouvement habituels qui causent ou contribuent à la douleur chronique.

La méthode a été développée par Moshe Feldenkrais, un physicien israélien ingénieur mécanicien et expert en arts martiaux, après qu’une blessure au genou ait menacé sa capacité de marcher. Se fiant à sa connaissance experte sur la gravité et les mécanismes de mouvement, il a développé des exercices pour aider à enseigner au corps des façons plus faciles et plus efficaces de bouger.

Je suis allée à l’institut sur recommandation de Cathryn Jakobson Ramin, auteur du livre récemment publié « Crooked » qui détaille la nature et les résultats de pratiquement chaque approche actuelle traitant le mal de dos, un problème qui m’ afflige par intermittence (et maintenant plus régulièrement) depuis des décennies. Ayant elle-même bénéficié de leçons Feldenkrais, Mme Ramin avait de bonnes raisons de croire que ça m’aiderait.

Dans son livre elle raconte l’expérience de Courtney King, qui a commencé à éprouver des spasmes paralysants dans son dos alors qu’elle avait une vingtaine d’années. Courtney King prenait plusieurs cours de danse par semaine et pratiquait le yoga et elle a pensé que le stress de ces activités pouvait causer la douleur dans son dos tendu et rigide. Mais après un certain nombre de sessions Feldenkrais, elle a dit à Mme Ramin : « Je me suis rendu compte que la douleur avait plus à faire avec la façon dont je me tenais chaque jour. »

Même après juste une session, j’ai compris ce qu’elle a voulu dire. Quand je ne manque pas de marcher en me tenant droite et de façon fluide, de m’asseoir droite, et même de faire la cuisine détendue et sans précipitation, je n’ai aucune douleur. Les mouvements lents, doux et répétitifs que j’ai pratiqués dans une classe de groupe de Feldenkrais m’ont aidé à prendre conscience de la façon dont j’utilise mon corps en rapport à mon environnement et cette prise de conscience est la première étape pour changer son comportement.

Un problème courant dont je suis souvent coupable est d’utiliser les petits muscles pour accomplir des tâches faites pour des muscles grands et résistants, ce qui aboutit à une fatigue et une douleur excessives.

La séance de groupe, appelée Prise de Conscience par le Mouvement, a été suivie par une session individuelle, appelée Intégration Fonctionnelle, avec un praticien qui a aidé à libérer les muscles contractés et les articulations qui limitaient mon mouvement et augmentaient mon inconfort. En utilisant une manipulation douce et des mouvements passifs, le praticien a personnalisé son approche pour mes besoins particuliers.

Le but final de chacune de ces deux sessions est, en effet, de permettre cerveau d’établir de nouveaux sentiers neuraux qui ont comme résultat des mouvements faciles et simples, physiologiquement efficaces et confortables. Bien que la méthode Feldenkrais ait été développée au milieu du 20ème siècle, les neurophysiologues ont depuis démontré la plasticité du cerveau, sa capacité à former de nouvelles cellules, se réorganiser et, en effet, apprendre de nouvelles façons de faire les choses.

La beauté des leçons Feldenkrais est qu’elles sont toutes deux relativement bon marché (15 $ à 25 $ en moyenne pour des séances de groupe, 100 $ à 200 $ pour des sessions individuelles ) et potentiellement accessible à presque tout le monde. Il y a plus de 7000 formateurs et praticiens travaillant dans 18 pays, y compris un grand nombre aux États-Unis. Vous pouvez avoir n’importe quel âge, force, aptitudes physiques et niveau de bien-être pour participer. Les exercices sont lents, doux et ajustables à tout ce qui pourrait vous faire souffrir. Leur effet calmant contre le stress qui conduit à la contraction musculaire et à la douleur.

Beaucoup de praticiens Feldenkrais, comme Marek Wyszynski, le directeur du centre de New York, commencent leur vie professionnelle comme kinésithérapeutes, et beaucoup d’autres praticiens ne viennent pas du milieu médical. Ils suivent trois ans et demi de formation pour devenir certifiés en méthode Feldenkrais.

M. Wyszynski explique qu’il commence par observer comment les patients utilisent leurs squelettes – comment ils s’assoient, se tiennent debout et marchent de façons qui peuvent causer ou contribuer à leur pathologie, que ce soit une maladie de disque intervertébral, de l’arthrite, une douleur d’épaule ou des genoux endommagées. Conformément à l’observation astucieuse du docteur Feldenkrais : « Si vous ne savez pas ce que vous êtes en train de faire, vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez, » on donne aux patients une expérience sensorielle claire sur la façon dont leur posture et leur comportement contribuent à leur douleur et limitations physiques.

Par exemple, certaines personnes peuvent utiliser une force excessive, serrer leurs dents, retenir leur respiration ou la précipiter, causant ainsi une tension musculaire excessive et un stress squelettique. Il y a des années, je me suis rendue compte que mes maux de tête fréquents étaient dus à une habitude inconsciente de serrer mes mâchoires quand je me concentrais intensément sur une tâche comme la couture ou la cuisine. Les praticiens Feldenkrais ne donnent pas de formules pour une façon appropriée de se comporter ;  ils comptent plutôt sur la capacité de leurs patients à s’auto-découvrir et auto-corriger.

Une fois conscients de leurs habitudes contre-productives, on donne aux étudiants l’occasion d’expérimenter des mouvements, des positions et des comportements alternatifs et, par la pratique, de créer de nouvelles habitudes moins susceptibles de causer la douleur.

M. Wyszynski m’a dit qu’il y a plus de 1000 leçons Feldenkrais distinctes actuellement disponibles, dont la plupart impliquent des actions quotidiennes comme le fait d’atteindre quelque chose, se lever d’une chaise, se tourner, se baisser ou marcher.

En tant qu’ingénieur mécanicien et physicien, docteur Feldenkrais a compris que le travail du squelette humain est de s’adapter aux effets de la gravité pour pouvoir être debout. Et il voulait que les gens y arrivent de la façon la plus efficace possible.

En utilisant deux grands cylindres de mousse, un placé au-dessus de l’autre, M. Wyszynski a démontré un principe directeur de la méthode Feldenkrais. Quand le cylindre supérieur a été centré sur celui du bas, il a tenu debout sans aide. Mais quand il était en-dehors du centre, placé près du bord du cylindre du bas, il a basculé. Si au lieu des cylindres il s’agissait de différentes parties du squelette placées de travers, il faudrait que le patient engage une contraction musculaire pour ne pas tomber.

Comme M. Wyszynski l’a expliqué, « Une bonne posture permet au squelette de soutenir et supporter le corps sans dépenser d’énergie inutile malgré la traction de la gravité. Dans le cas d’une moins bonne posture les muscles font une partie du travail des os et avec un faible support squelettique, les muscles doivent rester contractés pour empêcher le corps de tomber. »

Lire des articles de fond sur la méthode Feldenkrais et la douleur (clic)

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