Les Mythes sur les Douleurs de Dos

Une bonne posture, le renforcement de la musculature abdominale, les exercices physiques sont-ils vraiment les garants d’un dos sans douleur ? Cet article (juin 2012) écrit par Todd Hargrove nous apporte quelques éléments de réflexion, plutôt troublants … (traduction ci-dessous)

Les Mythes sur les Douleurs de Dos : Posture, Renforcement abdominal, Disques Bombés

Il s’agit d’un article sur la croyance répandue parmi les courants dominants des experts qui consiste à croire qu’une mauvaise posture, un manque de renforcement musculaire, et/ou des anomalies structurelles telles que les disques bombés sont les causes majeures des douleurs, et plus spécialement des maux de dos. La supposition répandue est qu’en corrigeant de tels déséquilibres par l’étirement ou par des régimes fortifiants, ou des opérations, les déséquilibres peuvent être corrigés et la douleur diminuée. Il est probablement juste de dire que la majorité des physiothérapeutes et des exercices correctifs pratiqués dans ce pays sont basés exactement sur ces suppositions. Bien que ces idées se basent sur une question de bon sens, il existe des preuves significatives mettant en doute cette approche. Voici une brève revue de la preuve contradictoire.

Posture

L’idée qu’une mauvaise posture soit à l’origine de la douleur, spécialement des maux de dos, est omniprésente. Une recherche Google sur la posture et la douleur montre 4 millions de clics et révèle beaucoup de sites consacrés exclusivement à l’amélioration de la posture. Avec tant de patrouilles de police sur la posture, une personne souffrant de douleur chronique prendra presque certainement acte tôt ou tard que la mauvaise position en est la cause. Si vous allez chez un kinésithérapeute avec des douleurs du bas du dos et une cambrure prononcée de votre bas du dos, on vous dira presque certainement que vous avez besoin de rentrer le ventre, serrer les surabondances, rentrer votre coccyx, serrer vos abdominaux, et renforcer votre abdomen. Si vous avez des douleurs en haut du dos et une poitrine tombante, on vous dira de resserrer vos omoplates, renforcer vos rétracteurs scapulaires, étirer votre poitrine, et de soulever votre sternum. Avant de partir en courant pour faire ces exercices, regardons ce que les études ont à dire sur le lien entre la douleur et la posture.

Dans une étude, des chercheurs ont observé la posture d’adolescentes et ont ensuite suivi qui avait des douleurs de dos une fois devenu adulte. Les adolescentes avec une posture asymétrique, une cyphose thoracique (poitrine tombant en avant) et une lordose lombaire (cambrure exagérée du bas du dos) n’étaient pas plus enclines à développer des maux de dos que celles avec une ‘meilleure’ posture.

Une autre étude s’est intéressée à l’augmentation de la cambrure lombaire et l’angle pelvien chez les femmes enceintes. Les femmes avec le plus d’altérations posturales n’étaient pas plus enclines aux douleurs de dos durant leur grossesse. Un examen systématique de plus de 54 études cherchant le lien entre la douleur et la mesure des courbes de la colonne a montré qu’il n’y a pas de corrélation évidente entre la posture et la douleur. L’inégalité de la longueur de jambes semble n’avoir aucun effet sur le mal de dos à moins qu’elle ne soit de plus de 20 mm (la différence de longueur de jambes moyenne est de 5.2 mm). La raideur des ischio-jambiers et des psoas n’est pas non plus une cause prévisible des maux de dos.

Ces résultats sont particulièrement saisissants étant donné que beaucoup d’études ont trouvé assez facilement d’autres facteurs qui entrent bien en corrélation avec les douleurs du bas du dos, tels que l’exercice, la satisfaction au travail, le niveau d’études, le stress et le fait de fumer. Bien que des études aient trouvé une corrélation entre le mal de dos et la posture, il est important de se rappeler la règle qui dit que la corrélation n’est pas équivalente à la causalité. Il est possible que la douleur soit la cause de la mauvaise posture, et pas l’inverse. C’est une possibilité très probable. Les gens vont spontanément adopter des stratégies posturales différentes si on leur injecte une solution qui créée de la douleur. Grande surprise !

En se référant à ce qui est écrit ci-dessus, il y a peu de preuves soutenant l’idée que nous pouvons expliquer la douleur en référence à la posture, ou que nous pouvons guérir la douleur en essayant de changer de posture. Pour plus d’articles sur la posture, cliquez ici.

Dégénérescence discale et autres anomalies vues en IRM

Une autre idée reçue est que les hernies discales ou autres changements dégénératifs révélés par IRM sont les causes majeures du mal de dos. Si vous avez mal au dos et allez passer une IRM ou une radio qui montre des changements structurels près de la zone de douleur, comme des disques bombés ou des hernies, le médecin peut conclure que la douleur est due à ce qui est vu sur l’IRM. Le médecin peut même recommander une opération pour corriger les défauts structurels. Cependant, de nombreuses études montrent que beaucoup de types d’anomalies structurelles sont de faibles indications de douleur.

Dans une étude connue, des IRM ont été faites sur des sujets qui n’avaient pas de douleur de dos. 52% des sujets avaient au moins un disque bombé ou une autre anomalie révélée par IRM pour laquelle une opération est parfois recommandée. Etant donné ces découvertes, les auteurs ont déclaré que : »la découverte par IRM de bombements ou saillies chez des personnes avec des douleurs au bas du dos peut fréquemment être une coïncidence. » Dans une étude similaire, des IRM pratiquées sur les individus n’ayant jamais souffert de douleur du bas du dos ont révélé que un tiers avait une anomalie substantielle de la colonne et que 20% des personnes âgées de moins de 60 ans avait une hernie discale.

Dans une étude sur l’absence de douleur chez les joueurs de hockey, on a trouvé chez 70% d’entre eux des anomalies au bassin ou aux hanches montrées par IRM, et 50% avait des épanchements de synovie. L’auteur a déclaré que « cette étude montre les limitations à trop dépendre des IRM. Un chirurgien peut voir quelque chose à l’image, mais qui ne cause pas de problème. »

Dans cette étude, les chercheurs ont examiné 44 volontaires, âgés de 20 à 68 ans, sans passé de douleur au genou. 60% ont montré des anomalies dans au moins 3 des 4 régions du genou, amenant les auteurs à conclure que « les dégénérations des ménisques ou les épanchements de synovie… sont fortement répandues chez les individus asymptomatiques. »

Les études chez les lanceurs de Baseball actifs ou les athlètes aériens ont systématiquement démontré de très grands pourcentages (plus de 70%) des labrums et des coiffes de rotateurs déchirés.

Ce sont tous les problèmes pour lesquels l’opération est parfois recommandée. 

Ceci ne veut pas dire que les hernies discales, les déchirures du labrum ou d’autres anomalies structurelles ne peuvent pas causer de douleur. Bien sûr qu’elles le peuvent, et vous préféreriez avoir moins de dégâts que plus. Mais si un grand pourcentage de personnes sans douleur ont des disques bombés, alors comment un disque bombé peut probablement être la cause de votre mal de dos ? Si vous regardez de plus près presque toutes les articulations de votre corps, vous trouverez que quelque chose ne va pas. N’en déduisez pas que ce que l’on peut voir sur une IRM est la source de votre douleur. Pour plus d’information sur le peu de corrélation entre les résultats d’IRM et la douleur, cliquez ici.

Renforcement musculaire

L’idée qu’un renforcement musculaire est essentiel pour un dos en bonne santé est une autre idée omniprésente. Si vous allez chez un kinésithérapeute avec une douleur de dos et un abdomen moins impressionnant que celui d’un gymnaste olympique, c’est absolument certain que l’on vous dira de renforcer vos muscles. Quelle est la preuve qu’un faible renforcement musculaire cause la douleur, ou que les exercices de renforcement musculaire réduisent les maux de dos ?

Avant d’examiner les études, il est premièrement intéressant de noter que la plupart des mouvements quotidiens exige seulement une activation minimale de la musculature abdominale. Pendant la marche à pied, le grand droit a une activité moyenne de 2% de contraction volontaire maximale, et les obliques externes fonctionnent à 5%. Lorsque nous sommes debout, les fléchisseurs et les extenseurs du tronc sont estimés fonctionner à moins de 1%. Ajoutez une charge de plus de 50 livres sur votre buste et les muscles fonctionnent à 3%. Lorsque l’on se penche ou que l’on soulève, l’activation musculaire est également basse. Etant donné que la vie quotidienne semble exiger si peu de renforcement musculaire, peut-être n’est-il pas surprenant que les interventions qui recherchent à augmenter la force abdominale aient peu d’effet sur la douleur.

Par exemple, une étude a montré que les exercices de renforcement musculaire chez des personnes n’ayant pas mal au dos et identifiées comme ayant une faible musculature abdominale, n’ont pas réduits la probabilité future d’un mal de dos. Beaucoup d’études ont été faites pour tester si les exercices de renforcement musculaire réduisaient la douleur de dos. Le résultat de ces études est clair – bien que ces exercices puissent améliorer des résultats pour le bas du dos, ils ne fonctionnent pas mieux que l’exercice en général. La conclusion évidente est que si le renforcement musculaire a un bénéfice quelconque, cela fonctionne seulement grâce aux effets bénéfiques de l’exercice en général (ou comme placebo), et pas parce que l’abdomen est une zone spéciale de préoccupation. En d’autres termes, en dépit de ce que l’on nous dit à plusieurs reprises, la preuve actuelle déclare qu’il n’y a rien de magique à propos du renforcement musculaire pour empêcher ou réduire la douleur de dos.

Conclusions

Les résultats ci-dessus sont surprenants et contraires à l’intuition, et soulèvent beaucoup de questions comme : pourquoi ces approches semblent fonctionner; comment tant de personnes peuvent être dans l’erreur; et si ce ne sont pas les vraies sources de douleur, qu’est-ce qui l’est ?

Commentaires

  1. Christiane Tschanz a écrit

    Intéressant article concernant les IRM. J en ai passé un il y a deux semaines qui a décelé d infimes séquelles d une tendinite de l ischion jambier sans lésion significative. Tout cela est fort joli mais il me semble en tout cas que vu que ce problème arrive au bout, je devrais théoriquement avoir moins de douleurs mais ce n est pas le cas à moins que tant qu il reste quelque chose la douleur reste présente. Ca porte à la réflexion est en effet il n y a pas forcément de corrélation entre ce que l IRM a vu et la douleur.

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