Stratégies pour réduire la douleur chronique (1/2)

Trois stratégies pour réduire la douleur chronique. Je vous invite grandement à lire ces articles et à vérifier ce qui est écrit par votre expérience sensorielle. Ne rien croire à priori, mais se servir de la théorie pour faire des essais pratiques qui conduiront à vos propres conclusions. Rappelez-vous : la douleur chronique ne s’installe pas en un jour, alors probablement que ces stratégies seront efficaces avec une pratique qui s’installe aussi dans le temps.
Article de Todd Hargrove, août 2010, dont je propose une traduction en français ci-dessous.
Dans l’article précédent j’ai parlé du fait que la douleur chronique n’est parfois pas tellement un problème lié à la blessure physique du corps, mais elle est plutôt due aux problèmes dans la façon dont le système nerveux central produit la douleur. Autrement dit, le système d’alarme de la douleur se déclenche juste trop souvent, trop fort et trop longtemps sans bonne raison. Si c’est le cas, alors vous avez besoin d’une stratégie de soulagement de la douleur qui vise le cerveau et pas juste le corps.
Cet article dresse la liste de quelques mécanismes de base qui peuvent aider à baisser le volume du système d’alarme. Bien que vous n’ayez peut être jamais entendu parler de ces mécanismes auparavant, un ou plusieurs d’entre eux expliquent très certainement une grande quantité de soulagement de la douleur que les gens obtiennent de presque tous les types de thérapie, y compris la médecine alternative, le Feldenkrais, la chiropraxie, le Yoga, le Pilates, le Tai-chi, l’acuponcture, etc.. Les voici.
Faire du Bruit pour Bloquer le Signal de la Douleur
Une des façons principales pour le mouvement, l’exercice ou la médecine alternative de réduire la douleur est le phénomène de « sensory gating » (filtrage sensoriel). Cela signifie que le traitement et la perception d’informations sensorielles sont réduits par la présence d’autres informations sensorielles rivalisantes. Si votre système nerveux est occupé à essayer de traiter des signaux provenant du mouvement ou du toucher, il a moins la capacité de percevoir et de traiter des signaux de douleur. La plupart des personnes profitent intuitivement du filtrage sensoriel en frottant une zone qui vient juste d’être blessée. La friction envoie des signaux sensoriels au cerveau qui rivalisent avec les signaux de douleur et réduisent leur traitement et leur perception. Une contraction musculaire active servira aussi à réduire la perception de stimuli normaux ou douloureux de la peau. En fait, pendant un exercice vigoureux et pendant 10 à 15 minutes après, la perception de la douleur est réduite. Il apparaît que le filtrage sensoriel et le soulagement de la douleur seront plus grands où : le stimulus rivalisant est plus proche de la zone de douleur; le stimulus rivalisant est plus intéressant et nouveau; et le stimulus vient du mouvement actif plutôt que du mouvement passif ou du toucher.
En nous basant sur ces faits, nous pouvons conclure que le filtrage sensoriel sera au maximum de son efficacité avec un mouvement actif qui est nouveau, intéressant, riche en proprioceptions et en informations sensorielles, et près du lieu de douleur, sans aggraver la douleur. Un exemple pourrait être d’essayer de réduire la douleur de genou en faisant des mouvements lents, attentifs, non-menaçants, nouveaux et intéressants à la cheville et à l’articulation de la hanche, sans causer de douleur dans le genou. Ce qui ressemble fortement au Feldenkrais ou au « Z-Health ». La théorie du filtrage est une façon excellente de comprendre comment le mouvement, l’exercice ou la médecine alternative peuvent nous faire nous sentir mieux. En fait, ce mécanisme explique probablement en grande partie le soulagement de la douleur qui arrive avec n’importe laquelle de ces modalités.
Améliorez vos Cartes du Corps
Les cartes du corps sont importantes. Elles sont des réseaux neuronaux dans le cerveau qui agissent comme des représentations ou des cartes de parties de l’organisme. Elles sont en substance des corps virtuels. Quand la douleur agit, la représentation est la réalité. Si votre carte cérébrale dit que votre bras gauche vous brûle, vous sentirez que votre bras gauche vous brûle, même si vous n’avez pas de brûlure au bras gauche, ou même si vous n’avez pas de bras gauche du tout. La douleur du membre de fantôme est une maladie très réelle et très commune pour les gens ayant des membres amputés, et c’est un exemple du fait que le corps virtuel est juste aussi important que le corps réel dans la détermination de ce que vous sentez.
En conséquence, nous voulons nous assurer que nos cartes soient aussi claires et précises que possibles, pour que le cerveau ne mette pas par erreur de la douleur là où ce n’est pas nécessaire, ou qu’il prenne des informations sensorielles normales pour un signal de douleur, ou alors qu’il se sente menacé par le fait qu’il ne sache pas vraiment où est le corps ou comment bien le faire bouger. Rappelez-vous que toute douleur est un signal d’alarme qui arrive quand le cerveau croit que le corps est menacé. Nous pouvons deviner que le cerveau se sente menacé faute d’une carte précise d’une certaine articulation, comme nous nous sentirions menacés en marchant dans une pièce sans lumière allumé ou en utilisant un outil électrique avec les yeux bandés. Si vous avez marché dans un sous-sol sombre et que votre tête a touché une chose inconnue, vous avez pu crier même si vous n’avez pas été blessés. De même, le cerveau peut créer la douleur dans une articulation pour laquelle il n’a pas d’informations précises sur ce qui se passe là.
Nos cartes du corps sont développées et modifiées principalement d’après le retour d’information sensorielle qui vient du mouvement et du toucher. Les modifications peuvent être senties très rapidement. Sans regarder, essayez de sentir la direction précise dans laquelle pointe votre gros orteil droit. Maintenant, décrivez un arc de cercle avec l’orteil en bougeant à partir de la cheville pendant quelques secondes, laissez-le se reposer, et essayez de nouveau de sentir vers où il pointe. Il est peut-être maintenant plus facile de sentir la direction de l’orteil droit comparé au gauche. Si vous passez une minute ou deux à écrire soigneusement et lentement l’alphabet avec vos orteils, vous constaterez que le pied entier est maintenant plus facile à sentir et qu’il bouge de manière coordonnée. Le changement n’est pas dans votre pied, mais dans le pied virtuel dans votre cerveau. Les informations sensorielles fournies par le mouvement ont remplies quelques trous ou angles morts dans les cartes cérébrales. Ceci est une bonne chose, parce que si la douleur est un système d’alarme, la sensation plus précise de ce qui se passe dans le pied mènera à moins de fausses alertes. Nous nous attendrions ainsi à ce qu’une carte plus claire et une habileté de mouvement améliorée réduisent la menace venant de la cheville, qui pourrait réduire la douleur. En fait, beaucoup de personnes qui pratiquent cet exercice constatent que la marche est ressentie immédiatement plus douce, plus facile, plus équilibrée et possiblement moins douloureuse.
À mon avis, la plupart des bénéfices de la plupart des médecines alternatives et des thérapies par le mouvement sont dus aux changements dans les cartes du corps qui se produisent grâce au toucher ou au mouvement. Le Pilates, le yoga et le Tai-chi fournissent un retour d’informations sensorielles particulièrement intéressant du mouvement qui alimente les cartes. La médecine alternative, le massage, la chiropraxie et l’acuponcture fournissent des stimuli par le toucher nouveaux et intéressants qui ont le même effet. Je pense qu’une des raisons pour lesquelles j’aime un entrainement intensif c’est que pendant un jour ou deux après une bonne session, l’endolorissement doux de la séance d’entraînement me fournit une image beaucoup plus claire d’où se situent mes muscles et de ce qu’ils font.
Ainsi, quelle est la meilleure façon d’affiner les cartes du corps ? Tout comme avec le filtrage sensoriel, les améliorations des cartes proprioceptives vont plus probablement arriver avec des mouvements actifs qui sont attentifs, nouveaux, curieux, exploratoires, actifs et constants. Les bébés développent leur compréhension de l’endroit où se situent leurs membres dans l’espace avec exactement ce type de mouvement. Moshe Feldenkrais a développé la logique de sa méthode avec ces idées en tête, pour développer ce qu’il a appelé l’image de soi.
Développez votre Habileté de Mouvement
La douleur est souvent liée à un certain mouvement ou à une certaine posture. Par exemple, il n’y a aucune douleur jusqu’à ce que vous pliiez votre genou d’une certaine façon, ou tourniez votre colonne vertébrale d’une certaine façon, ou vous assoyiez sur une chaise d’une certaine façon. Pour quelque raison que ce soit, le système nerveux central pense évidemment que le mouvement douloureux ou la posture douloureuse sont une mauvaise idée, et il vous envoie un signal de douleur de vous décourager à le faire de nouveau de la même façon. Une stratégie de réduire la douleur est de bouger d’une façon subtilement différente qui ne menace pas le système nerveux central. En général, nous pouvons nous attendre à ce que plus vous bougez de façon coordonnée, contrôlée et efficace, moins le système nerveux central se sentira menacé par ce mouvement. Donc, améliorer votre habileté de mouvement est une façon de donner au système nerveux central quelques bonnes nouvelles qui réduiront la menace perçue liée au mouvement. Cela signifie que tout ce que vous pouvez faire pour améliorer votre habileté de mouvement et votre aptitude physique aidera probablement avec la douleur liée au mouvement. Ainsi, une autre raison pour laquelle le pilates, le yoga, le Tai-chi, les arts martiaux ou la danse peuvent réduire la douleur est due à l’amélioration de l’habileté de mouvement qui baisse les menaces liées au mouvement.
D’habitude les gens expliqueraient les aspects thérapeutiques du mouvement amélioré dans des termes purement physiques ou mésodermique – le mouvement plus efficace cause simplement moins d’usure et de déchirure sur le corps, qui réduit la douleur. Je pense que c’est un argument valable, mais il y a probablement aussi un bénéfice purement ectodermique ou « virtuel » à la coordination améliorée également – cela apaise un système nerveux menacé des dangers liés au déplacement, même quand la santé tissulaire réelle est relativement non-affectée.
Conclusion
Je pense que les trois méthodes décrites ci-dessus pour réduire la menace du système nerveux central – filtrage sensoriel, amélioration des cartes du corps et amélioration des habiletés de mouvement – représentent une quantité significative du bénéfice rencontré dans la plupart des médecines alternatives ou des thérapies par le mouvement. Dans l’article suivant je discuterai quelques stratégies supplémentaires qui visent aussi directement à l’ectoderme.

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