Stratégies pour réduire la douleur chronique (2/2)

Apprendre à écouter les signaux pour ne pas transformer une petite douleur en douleur chronique. Un article de Ted Hargrove écrit en septembre 2010, dont je propose ci-dessous une traduction en français.

Dans un article précédent j’ai écrit sur quelques stratégies de base pour réduire la douleur chronique, basées sur ce que nous connaissons de la science de la douleur. Comme discuté dans l’article ‘Qu’est-ce que la douleur ?‘, la douleur chronique n’est parfois pas tellement un problème avec la blessure physique réelle du corps, mais elle est plutôt due à la trop grande activité du système d’alarme de douleur lui-même. Voici quelques stratégies supplémentaires pour empêcher le système d’alarme de se mettre hors contrôle.

N’ignorez pas la Douleur – Prenez l’Action Corrective

La douleur est par-dessus tout un mécanisme de survie conçu pour vous encourager à agir pour corriger ce que le cerveau perçoit comme étant une menace des tissus physiques. Ignorer le signal peut mener aux problèmes. Quand une fenêtre apparaît sur votre écran d’ordinateur disant qu’il y a un virus, vous ne résolvez pas le problème en réduisant la fenêtre. De même, vous ne résolvez pas des problèmes de douleur en ignorant le signal. Au lieu de cela, écoutez le signal et essayez de prendre l’action corrective.

Pour comprendre ce que signifie « l’action corrective », considérez la soif, qui est un signal de déshydratation vous indiquant que vous devez boire. La soif partira aussitôt que votre cerveau aura conclu que vous avez bu une quantité appropriée d’eau, et avant que les tissus déshydratés aient en réalité reçu une goutte d’eau. La soif finit quand le cerveau conclut que l’action corrective a été prise, il n’attend pas que le problème soit en réalité résolu. La douleur est semblable, puisque le cerveau arrêtera souvent la douleur soudainement et bien qu’aucune guérison de tissu ne puisse possiblement avoir eue lieu. N’avez-vous jamais remarqué que vous alliez mieux aussitôt que vous êtes entrés dans un cabinet médical, alors frustrés de n’avoir plus rien sur quoi vous plaindre ? Peut-être que ceci arrive parce que le cerveau conclut que vous avez pris l’action appropriée pour résoudre le problème perçu, et que la douleur n’est plus nécessaire pour encourager l’action.

C’est un fait malheureux que la douleur arrive souvent sans bonne raison. D’un autre côté, c’est un fait heureux qu’elle puisse partir sans bonne raison non plus. Ainsi, même si vous ne connaissez pas la chose juste à faire pour votre douleur (la plupart des personnes ne le savent pas), toute action corrective raisonnable que vous prenez a une certaine chance de fonctionner, même si elle ne fait rien pour remédier aux dégâts tissulaires réels (en supposant qu’il y en avait en premier lieu.) Ce que votre cerveau considère comme correctif, chacun doit le deviner, mais quelques bonnes suppositions pourraient être le repos, le massage, un jacuzzi, des soins prodigués avec empathie, des herbes magiques ou d’autres placebos, ou un voyage pour rencontrer un type dans un manteau blanc qui revendique être un expert en quelque chose. L’acupuncture feinte fonctionne aussi bien que l’acupuncture réelle pour guérir la douleur. Des chirurgies feintes fonctionnent aussi. Vous pouvez appeler ceci des placebos, et c’est le mot juste, mais ce qui arrive vraiment c’est que le cerveau conclut que l’action corrective a été prise et que la douleur n’est plus nécessaire. Les placebos fonctionnent parfois, donc essayez-en un. ( Ce n’est probablement pas un problème si vous savez que c’est un placebo.) A contrario, n’essayez pas trop dur, ni de vous droguer ou faire d’autre truc pour ignorer le signal de la douleur. Ça irait seulement plus mal.

Ne transformez pas Douleur Provisoire en Douleur Chronique

Dans un article précédent j’ai parlé du fait malheureux que plus la douleur dure, plus elle devient facile à sentir. Ceci est une conséquence de plusieurs facteurs physiologiques compliqués, aussi bien que d’un processus très basique par lequel les sentiers neuraux responsables de produire la douleur deviennent plus facilement activés au plus ils sont utilisés. Cela revient à se frayer un chemin dans la jungle ou la forêt – plus vous marchez sur la trace, plus le chemin devient clair, et plus vous aurez tendance à prendre ce chemin de nouveau.

Dans certains cas vous pouvez utiliser cette connaissance pour empêcher une douleur provisoire de devenir une douleur plus persistante et permanente. Disons que vous vous tordez le pied et que vous avez une douleur mineure qui d’après vous partira dans quelques jours, si vous arrêtez de courir. Mais vous continuez à courir quand même parce que la douleur est très mineure et que vous ne voulez pas perdre des journées d’entraînement. La course ne semble pas accentuer la douleur, mais elle empêche la douleur de partir. Six mois plus tard, la douleur est toujours là, et maintenant elle ne partira pas même si vous prenez quelques jours de congé. Après quelques mois supplémentaires, la douleur peut être activée à des seuils de plus en plus bas d’activité, y compris la marche à pied. Et maintenant elle commence vraiment à interférer votre course et vous avez besoin de prendre des antidouleur pour continuer. Un problème minuscule a maintenant été amplifié en problème majeur, parce que…. la douleur engendre la douleur. Peut-être que vous ou un certain expert allez erronément conclure que vous avez une tendinite ou autre syndrome mystérieux d’usure, alors que le seul vrai problème est un système de douleur stressé.

J’avais un client une fois qui connaissait beaucoup d’anciens joueurs de basket et de football. Beaucoup de ces types vivaient dans une douleur extrême et ne pouvaient pas faire des choses simples comme monter ou descendre un escalier. Je pense qu’une des raisons majeures n’était pas l’usure physique de leurs corps, mais la reprogrammation de leurs systèmes de douleur qui est survenue au fil du temps. Quand vous êtes un pro, vous ne pouvez pas prendre de repos jusqu’à l’arrêt de la douleur, vous jouez avec, parfois pendant des années. Ceci est une recette parfaite pour reprogrammer votre système nerveux à causer la douleur. Bill Walton a récemment admis que le mal de dos chronique le rendait littéralement suicidaire. Sa douleur a commencée à l’université quand il s’est blessé le dos lors d’un match et qu’il en a ensuite joué un autre trois jours plus tard. Vingt-cinq ans plus tard, Walton a dit que la douleur était si mauvaise que le fait d’être plongé dans de l’acide bouillant serait loin de décrire ce qu’il ressent. Peut-être que c’est un peu exagéré ici, mais c’est néanmoins un avertissement qui donne le frisson.  Jouer avec la douleur est souvent nécessaire pour atteindre les niveaux les plus hauts en sport, mais c’est aussi une bonne façon de développer quelques problèmes de douleur durables et méchants. Rappelez-vous que la douleur engendre la douleur, donc ne transformez pas de petits problèmes en de grands problèmes en jouant avec la douleur.

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