Contracture : comprendre les mécanismes et éprouver les traitements

Les contractures musculaires réduisent notre potentiel de mouvement. Que savons-nous sur leurs mécanismes et sur la façon de les traiter ? Article du Professeur Rob Herbert publié le 08/08/2014 dans « the NeuRA blog »; et dont je propose ci-dessous une traduction en français.

Dans le cadre d’une nouvelle bourse accordée par le « National Health and Medical Research Council Program » sur les déficiences motrices, le professeur Rob Herbert a pour but de faire avancer le transfert d’une nouvelle compréhension en physiologie et en physiopathologie de la déficience motrice vers un résultat clinique d’une fonction motrice améliorée.

La déficience motrice est une conséquence courante d’un certain nombre de maladies et de blessures. Un des types de déficience motrice qui est une cause importante de handicap physique est la contracture musculaire. Une contracture est une raideur des muscles qui limite le mouvement normal des articulations, et les contractures sévères provoquent des difformités qui sont la manifestation la plus visible de dégâts cérébraux. Les contractures surgissent quand des lésions cérébrales, y compris celles qui résultent d’une attaque cérébrale ou d’une blessure cérébrale traumatique, causent la paralysie ou la spasticité. La paralysie et la spasticité changent l’environnement mécanique des muscles – c’est-à-dire qu’elles entraînent les muscles à ressentir des schémas différents d’activité, des changements différents de longueur et des forces différentes que ceux qui seraient normalement éprouvés. Les muscles s’adaptent en réponse à leur environnement mécanique changé en devenant plus rigides, entraînant les articulations à devenir moins mobiles.

La contracture est un problème fréquent. Dans une étude récente, mes collègues et moi-même avons contrôlé 200 personnes consécutives admises dans un hôpital de Sydney et diagnostiquées avec une attaque cérébrale. Six mois après leur admission, la moitié de tous ces gens avait développé au moins une contracture. Les contractures sont aussi communes chez les personnes présentant beaucoup d’autres sortes de lésions cérébrales. Par exemple, les contractures sont répandues chez les gens qui ont eu une lésion cérébrale traumatique, ou qui ont la sclérose en plaques ou une paralysie cérébrale.

Les contractures empêchent le mouvement des articulations, donc elles causent un handicap physique. Par exemple, beaucoup de personnes qui ont eu une attaque cérébrale ou une lésion cérébrale traumatique développent les contractures des muscles du mollet. Les contractures des mollets entravent le mouvement de la cheville, rendant difficile le mouvement de se lever depuis une chaise ou de marcher normalement. De la même façon, les contractures des muscles de l’épaule peuvent détériorer la capacité d’étendre le bras et les contractures des muscles du poignet et des doigts peuvent détériorer la capacité à saisir quelque chose. Des contractures de muscle sévères peuvent entraîner les membres à adopter une position fixe. Pour beaucoup de personnes, les contractures deviennent un obstacle beaucoup plus grand au mouvement normal que la paralysie ou la spasticité qui a initialement causé le développement de la contracture.

Il y a eu étonnamment peu de recherche sur les mécanismes de contracture. En conséquence, les mécanismes sont mal compris. Les études sur des animaux ont montrées qu’il est possible de rendre les muscles courts ou raides avec un certain nombre de procédures expérimentales. Par exemple, nous pouvons raccourcir les muscles de la jambe en immobilisant la jambe dans un plâtre, et les muscles du diaphragme en incitant un emphysème (une maladie du poumon). Ces études montrent que la raideur des muscles peut aussi bien arriver à cause de changements dans le tissu musculaire (« les fibres » musculaires ou les « pérymisium »), qu’ à cause de changements dans les tendons qui joignent les pérymisium des muscles aux os. Mais les études sur les muscles d’animaux ne peuvent pas nous parler des mécanismes de contractures vues dans des populations humaines. Étonnamment, nous ne savons toujours pas si les contractures chez les personnes qui ont eu une attaque cérébrale ou une lésion cérébrale traumatique sont dues à des modifications dans les pérymisium ou les tendons musculaires.

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Il y a autant d’incertitude sur la façon de prévenir et de traiter la contracture. Au cours du dernier demi-siècle, les kinésithérapeutes et les infirmières ont étiré les muscles, ou les membres bougés passivement, ou ont appliqué des attelles ou des plâtres pour étirer le membre, dans le but de prévenir ou de traiter les contractures. Mais la recherche récente indique que ces interventions ont peu d’effet. Par exemple, dans une étude, 63 volontaires qui avaient éprouvé une attaque cérébrale ont été aléatoirement répartis pour recevoir une attelle de poignet ou aucune attelle. Deux mois plus tard il n’y avait aucune différence discernable dans la rigidité du poignet chez les gens qui avaient ou n’avaient pas reçu d’attelle. Il y a maintenant eu plus de 35 études comme celles-ci, et elles ont montré tout à fait systématiquement peu ou pas d’effet des étirements ou des interventions basées sur le mouvement. Pour le moment au moins, il n’y a aucun traitement que l’on a clairement montré pour empêcher ou annuler la contracture.

Finalement, la recherche scientifique fournira des réponses, tant à propos des mécanismes de contracture, que dans la façon d’empêcher et de traiter la contracture. Les premiers pas ont été faits dans l’identification des anomalies dans l’expression des gènes qui sont en fin de compte exprimées comme une contracture. De nouvelles idées pour des traitements sont produites par la recherche fondamentale, pour le test ultérieur dans des essais cliniques. Notre programme de déficience motrice étudiera des volontaires humains et des patients pour apprendre plus au sujet de la fonction motrice normale et des mécanismes de déficience motrice, et pour tester l’efficacité clinique et les mécanismes de nouveaux  traitements. Le développement de nouvelles techniques d’IRM pour voir et mesurer l’architecture interne des muscles augure une avance prometteuse. Une étude regardera comment les tendons et les périmysium des muscles sont recrutés pendant le mouvement, ce qui informera des études cliniques ultérieures chez les personnes pour lesquelles la contracture est fréquente, comme les gens atteints d’attaque cérébrale, de lésion de la moelle épinière et de la sclérose en plaques.

Avec un peu de chance,  la décennie suivante verra des avances majeures tant dans notre compréhension des mécanismes de contracture que dans la manière de les traiter.

Barts-image-978x1024Un exemple d’une des images uniques de muscle produites par l’équipe du professeur Herbert. Au centre il s’agit d’un muscle de la jambe humain. Les lignes bleues montrent la trajectoire de cellules musculaires dans six emplacements dans le muscle. Les encarts fournissent des informations sur comment les cellules se terminent sur les tendons qui couvrent les surfaces supérieures et inférieures du muscle.

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