Votre cerveau et votre corps ne font qu’un

La plupart des gens voient la séparation entre le cerveau et le corps à peu près comme ceci : nos corps rassemblent des informations par la vue, le toucher et les sons. Ces informations sont envoyées à notre cerveau, notre « esprit », où nous y pensons et décidons comment y agir. Nous voyons un chien marcher vers nous, pensons si c’est celui du voisin ou s’il a l’air amical et disons à nos corps si nous voulons le caresser ou fuir. Tout ceci semble simple et dresse une carte assez nettement sur notre expérience consciente.

Mais dans ‘Intelligence in the Flesh‘, le scientifique cognitif Guy Claxton nous dit que c’est complètement faux. Notre esprit conscient ne diffère pas et ne prend pas en charge notre corps ;  plutôt, notre cerveau doit travailler en tandem avec notre corps pour nous rendre intelligents. Article écrit par  (lire en anglais).

L’argument de Claxton est tiré d’un champ large et florissant appelé la connaissance incarnée (embodied cognition), qui soutient que les processus cognitifs ne sont pas séparés des sens et des fonctions motrices. Comme Claxton s’est exprimé, « le corps, le ventre, les sens, le système immunitaire, le système lymphatique, interagissent si instantanément et si compliquéement avec le cerveau que vous ne pouvez pas tracer une ligne au niveau de la nuque et dire ‘ au-dessus de la ligne c’est intelligent et au-dessous de la ligne c’est subalterne.' »

La recherche de programmation informatique a soutenu cette vue. Comme cela a été noté par des experts comme Hans Moravec, un professeur de robotique célèbre, les avances en intelligence artificielle et dans les domaines associés ont apporté avec elles un paradoxe étrange : les tâches que nous avons traditionnellement considérées comme complexe –  diverses sortes de raisonnement abstrait, par exemple – sont assez faciles à programmer, tandis que les tâches que l’on a longtemps considérées comme simples – marcher en ligne droite sur un terrain inégal – ont été prouvées comme difficiles à traduire en code. Deep Blue a battu le champion du monde Garry Kasparov aux échecs en 1997, mais les robots ne pouvaient toujours pas marcher. Comme Moravec l’a écrit dans le livre Mind Children, « Le processus délibéré que nous appelons raisonnement est, je crois, le vernis le plus mince de la pensée humaine, efficace seulement parce qu’il est soutenu par cette beaucoup plus vieille et beaucoup plus puissante, quoique habituellement inconsciente, connaissance sensorimotrice. »

Ou prenez une expérience classique impliquant le Botox. On pense qu’une façon dont les humains comprennent les expressions de visage de chacun est par imitation inconsciente et subtile de ces expressions. Quand une étude a comparé deux groupes de femmes, un dont les membres avaient reçu du Botox, qui paralyse des muscles faciaux, et un autre dont les membres avaient pris du Restylane, un complément injectable qui n’affecte pas la fonction du muscle, il y avait une grande différence. Ceux qui avaient reçu du Botox étaient plus mauvais à la reconnaissance d’expressions de visage sur les photographies d’yeux d’autres personnes. Le Botox n’affecte pas votre cerveau, mais il affecte toujours votre intelligence émotionnelle. Intelligence in the Flesh est plein d’exemples comme celui-ceci – des étudiants tenant des paquets froids dans une expérience qui consistait à agir froidement avec des amis, par exemple, ou des gens jouant à être agressifs en étant affectés par la position droite ou voûtée qu’ont leur a demandé de prendre pendant un jeu joué dans un laboratoire de recherche.

Mais même si le corps a un rôle plus grand que ce que nous pourrions penser, est-ce que le cerveau n’est pas, eh bien, le cerveau ? Phineas Gage a a reçu une tige de fer dans son crâne et il n’était alors « plus Gage. » Assurément une tige de fer dans la jambe n’aurait pas le même impact – ce serait une blessure horrible, mais elle ne priverait pas Gage de son essence. Claxton ne discute pas l’importance du cerveau, mais ne cède pas de sa thèse, non plus. Il indique le livre d’Oliver Sacks, A Leg to Stand On, dans lequel Sacks a raconté son rétablissement d’une blessure brutale à la jambe qu’il s’est faite en randonnée.

Sacks décrit la blessure corporelle : « je ne pouvais plus penser à comment contracter le quadriceps. Je ne pouvais pas ‘penser’ comment tirer la rotule et je ne pouvais pas ‘penser’ comment fléchir la hanche. » Mais il se concentre aussi sur le bilan psychologique de la blessure : « Ce qui a semblé d’abord n’être pas plus qu’une rupture locale périphérique et une panne s’est maintenant montré sous une lumière différente et tout à fait épouvantable – comme une panne de mémoire, de pensée, de volonté – pas juste une lésion dans mon muscle, mais une lésion dans moi. » Sacks n’était pas Gage, mais il a appris qu’un membre est plus qu’un membre, c’est une partie de notre être et de la compréhension de nous-même.

Pour améliorer cette compréhension et grandir plus en accord avec nos corps, Claxton recommande la méditation en pleine conscience, l’exercice et des techniques comme le biofeedback, qui utilise des capteurs pour enseigner aux gens à reconnaître et contrôler des signaux biologiques comme la transpiration et la tension musculaire. Il écrit que ceci peut améliorer « la conscience intéroceptive, » la conscience de son propre corps, y compris ses membres, sa fréquence cardiaque et même ses sensations d’estomac. Dans un essai contrôlé randomisé d’adultes de plus de 70 ans, des leçons de Tai-chi, que se concentre sur la conscience physique, ont significativement réduits les risques de chute, ont amélioré l’équilibre fonctionnel et ont même diminué la crainte de chuter. Claxton préconise aussi de remplacer le temps passé devant un écran par des activités manuelles utilisant des matières réelles, ou visitant même des espaces de fabricant. « Les dispositifs n’offrent pas cette sorte d’engagement vivifiant de travail avec la matière, l’expérience quotidienne du verrier ou du relieur ou du charpentier. »

Claxton recommande aussi des changements au niveau social. Il voit la plupart des cultures Occidentales comme inclinées vers une intelligence abstraite qui ignore ou dénigre la connaissance sensorimotrice puissante dont parle Morovec. Considérez la tendance a appeler les emplois de bureau « le travail de connaissance, » comme si les bûcherons ou les plombiers réussissent à travailler sans qu’aucune pensée ne traverse leurs têtes. Les emplois de bureau peuvent être créatifs et stimulants, mais beaucoup sont aussi monotones que le travail d’usine de Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes. Néanmoins, il y a toujours beaucoup de capital social dans des carrières qui utilisent le raisonnement abstrait, peu importe qu’elles soient ennuyeuses. En attendant, le travail utilisant les mains est souvent vu avec, selon les mots de Claxton, « une bouffée de dédain. »

Intelligence in the Flesh est un argument virulent contre cette sorte de dédain. En fait, un message primordial du livre est qu’il est impossible de séparer les choses de l’esprit des choses du corps, que ce soit pour l’algèbre, lire les visages des gens, ou reconnaitre ce chien comme amical.

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